La messe est définitivement dite pour le ‘’machin’’ créé sous l’instigation de la France en février 2014 pour en faire sa succursale politique au Sahel, avec le retrait sans surprise du Burkina Faso et du Niger de cette organisation dénommée ‘’G5 Sahel’’. Composé au départ de cinq pays avec pour objectif principal de faire face à des défis sécuritaires communs dans le Liptako-Gourma notamment, cette entité est aujourd’hui réduite de facto à sa portion congrue, puisqu’il ne reste que la Mauritanie et le Tchad comme membres, après la défection du Mali en mai 2022 et le départ concomitant du ‘’pays des Hommes intègres’’ et de son voisin nigérien annoncé le 2 décembre dernier. Les trois pays de la ligne de front justifient leur sortie par la lourdeur qui caractérise cette coquille pourtant vide, son manque d’action et d’efficacité dans la lutte contre le terrorisme, mais aussi et surtout par l’intrusion de la France au nom d’un ‘’partenariat dévoyé et infantilisant’’ qui remet en cause les aspirations légitimes des trois Etats à la souveraineté dans la prise en main de leur destin. Il n’en fallait pas plus pour que le Mali, le Burkina et le Niger quittent ce regroupement et sa force anti-djihadiste qui avaient tous les deux pour buts d’isoler et de neutraliser les groupes armés terroristes qui exploitent la porosité des frontières pour mener des attaques coordonnées dans la bande sahélo-saharienne.

La France n’est pas la seule à porter le chapeau dans la mort programmée du G5 Sahel

Le moins qu’on puisse dire, c’est que les autorités de ces trois pays ne sont pas dans le faux et leur décision de s’en retirer n’est pas si insensée que cela, au regard du constat d’échec que toutes les personnes de bonne foi ont été amenées à faire, après neuf ans d’existence moribonde et de louvoiement du G5 Sahel. Comment ne pas arriver à cette conclusion quand on sait que les Hani et les Gat, deux acronymes différents pour désigner une même calamité, continuaient de plastronner dans la région dite des trois frontières, au moment où les forces françaises étaient stationnées à quelques encablures de là ? Tout cela a suscité des interrogations sur le lien abject qui pourrait exister entre la France et les terroristes que cette dernière était pourtant censée combattre, et a contribué à nourrir le sentiment anti-français en vogue dans de nombreux pays de la région. Conséquence : elle a été chassée de cette zone toujours en ébullition, pour insuffisance de résultats sur le plan sécuritaire, mais aussi pour paternalisme rampant et sournois du point de vue diplomatique. Pour autant, la France n’est pas la seule à porter le chapeau dans la mort programmée pour ne pas dire actée du G5 Sahel, puisque les Etats-Unis et l’Union européenne pressentis pour financer l’institution ont, pour ainsi dire, fait faux bond, soit pour des raisons de politique intérieure, soit par manque de lisibilité dans la conduite des opérations ou dans la traçabilité des financements sollicités à cet effet. Même les Etats directement concernés par le terrorisme, n’ont pas pleinement joué leur partition, d’autant qu’ils n’ont jamais pu ou voulu apporter leur part contributive au fonctionnement de l’Organisation, et cela pourrait s’expliquer en partie par les chamboulements politiques enregistrés dans la sous-région ces dernières années. Avec tous ces handicaps à la naissance, le G5 Sahel ne pouvait que mourir de sa belle mort, entre les mains de ceux qui, a priori, ne sont pas dans l’épicentre de la crise sécuritaire, les Tchadiens, les Mauritaniens et les parrains Français notamment. Et comme la nature a horreur du vide et pour être en phase avec leurs orientations politiques ou stratégiques, les dirigeants du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont créé le 16 septembre dernier, l’Alliance des Etats du Sahel (AES), pour, entre autres objectifs, centrer la lutte anti-terroriste sur le Liptako-Gourma et assurer la protection des populations à travers une ‘’architecture de défense collective et d’assistance mutuelle’’. Reste à savoir si l’AES, malgré le volontarisme de ses concepteurs, aura les moyens financiers pour réussir le pari de la lutte contre le terrorisme et le crime organisé, contrairement au G5 qui, rappelons-le, y a piteusement échoué.

Il y a de fortes chances que cette Alliance ait des résultats probants sur le plan sécuritaire mais aussi économique

Une chose est sûre, la volonté politique y est, l’engouement des populations aussi, et si l’élan n’est pas stoppé ou contrarié par des contingences extérieures, il y a de fortes chances que cette Alliance ait des résultats probants sur le plan sécuritaire mais aussi économique. Car, n’oublions pas qu’elle est la version améliorée de l’Autorité du Liptako-Gourma, qui fait du développement dans les trois pays, son cheval de bataille. Si tout se passe comme prévu, les terroristes seront, dans les mois à venir, à l’étroit dans cet espace, et les potentiels rebelles réfléchiront par deux fois avant de s’afficher comme tels. Car l’article 6 de la charte de l’AES stipule que toute atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’une, des parties contractantes, sera considérée comme une agression contre les autres. Les objectifs du nouveau-né sont tellement nobles et les ambitions tellement grandes qu’il n’est pas exclu que d’autres pays viennent agrandir ce petit cercle et lui faire pousser des ailes, afin d’atteindre l’objectif global qui est le décollage de toute la sous-région sur tous les plans. Mais tout cela reste tributaire de la stabilité politique, surtout dans les trois pays-pilotes, dirigés par des régimes militaires de transition qui vont, sauf extraordinaire retournement de situation, tenter de rester plus longtemps que prévu au pouvoir.

« Le Pays »

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