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Coup d’Etat du 24 mars 2013 : neuf ans de chaos sécuritaire inédit en Centrafrique

Par: Narcis'KOUASSI
Publié le : 26 mars 2022

Le 24 mars 2013, la rébellion de la Séléka renverse le pouvoir de François Bozizé après une vaste opération de conquête des villes et régions du territoire centrafricain. Ce coup d’Etat conduisit le pays dans la pire situation sécuritaire de son histoire. Neuf ans après cette crise qui a fait des milliers de victimes, les rescapés attendent toujours justice.

Le dimanche 24 mars 2013, dans l’après-midi, le président François Bozizé fuit au Cameroun après d’intenses combats aux portes de Bangui, précisément à la sortie Nord.

La rébellion Séléka, une coalition des rebelles du Nord-est et s’opposant au règne de François Bozizé, prend le pouvoir de l’Etat à Bangui. Michel Djotodia, le dirigeant de la Séléka, s'auto proclame chef de l’Etat. Cette prise de pouvoir intervient après une difficile mise en œuvre de l’accord de Libreville de janvier 2013, soldé par la nomination d’un gouvernement de transition dont faisaient partie des représentants de la Séléka. Malgré tout, ce mouvement rebelle reprend les armes estimant que le président Bozizé ne respecterait pas ses engagements pris à Libreville.

Un chaos inédit

Le coup de force de 2013 est caractérisé par une série de pillages et d’exactions extra-judiciaires par les hommes de la Séléka à Bangui ainsi qu’à l’intérieur du pays. En moins de trois (3), les organisations de défense des droits de l’Homme répertorient des centaines voire des milliers de violations graves des droits humains. Face aux violences, Michel Djotodia a bien du mal à asseoir son autorité. En plus de la perte de contrôle sur ses hommes, un mouvement populaire de résistance se crée. Des miliciens dénommés Anti-balaka s’opposent frontalement à la Séléka et marchent sur la capitale centrafricaine le 5 décembre 2013. Face à la détérioration de la situation sécuritaire, l’ONU autorise la France, le même jour, à déployer l’opération Sangaris aux côtés de la Mission internationale de soutien à la République centrafricaine (Misca), force de l’Union africaine.

Démission de Michel Djotodia sous pression internationale

Face à la situation qui devient incontrôlable et sous la pression des dirigeants d'Afrique centrale, le chef de la Séléka, Michel Djotodia et son Premier ministre Nicolas Tiangaye annoncent leur démission à N’djamena, le 10 janvier 2014. Après une transition de deux (2) semaines menée par Ferdinand Alexandre Nguendet, président du Conseil national de transition de l’époque, Catherine Samba-Panza est élue par le CNT, première femme présidente de la République centrafricaine, le 20 janvier 2014. Son règne qui dure deux ans sera marqué par des tensions intercommunautaires récurrentes à Bangui et à l’intérieur du pays. La coalition Séléka forcée à quitter le pouvoir à Bangui renforce sa position dans certaines villes et fait asseoir son autorité au travers des armes. L’explosion de la coalition conduira à la multiplication de groupes armés et de seigneurs de guerre. Plus de 85% du pays passe sous la coupe réglée des groupes armés dictant leurs lois à la population civile.

Retour à l’ordre constitutionnel et 1er accord avec les groupes armés

La transition politique, quand bien tumultueuse, dirigée par Catherine Samba Panza se solde par un grand forum national, la rédaction d’une nouvelle Constitution et l’élection de nouvelles autorités politiques légitimes. Ainsi, à l’issue des élections de décembre 2015 et un second tour en février 2016, Faustin Archange Touadera est élu Président de la République parmi trente candidats à la présidentielle. L’ancien Premier ministre de François Bozizé nomme un gouvernement dit de « rupture » regroupant ses soutiens politiques et autres acteurs politiques.

Trois ans après son élection à la tête de la République centrafricaine, Faustin Archange Touadera tend la main aux groupes armés et initie un dialogue avec ces derniers. Après des pourparlers qui ont duré près de deux semaines, le gouvernement et 14 groupes armés actifs dans le pays signent un accord le 06 février 2019. Cette entente appelée Accord politique pour la paix et la réconciliation en République centrafricaine (APPR-RCA) est censée ramener la paix, restaurer l’autorité de l’Etat et conduire à la dissolution des groupes armés. Cependant, la mise en œuvre des recommandations a été plusieurs fois l’objet de tiraillements entre les deux parties.

L’APPR-RCA menacé de disparition par la création d’une nouvelle rébellion

En marge des élections présidentielle et législatives de décembre 2020, l’ancien président François Bozizé de retour d’exil, mobilise une bonne partie des signataires de l’APPR-RCA et crée une nouvelle rébellion dénommée Coalition des patriotes pour le changement (CPC). Cette coalition qui s’oppose à la tenue des élections dans certaines régions de la RCA, lance une vaste offensive militaire contre les institutions de la République. Le 13 janvier 2021, elle lance des attaques coordonnées aux entrées Nord et Sud de Bangui. L’intervention de la Minusca et des forces russes, alliés des Forces armées centrafricaines, va stopper l’élan de la CPC et la contraint à battre en retraite jusqu’à perdre la quasi-totalité de ses positions sur le territoire centrafricain.

Ce 24 mars 2022, neuf ans jour pour jour, le pays tente toujours de renouer avec la paix face aux groupes armés qui se sont éparpillés dans la nature. Entretemps, les victimes de cette crise sécuritaire inédite réclament encore justice même si certains leaders anti-balaka et Séléka sont arrêtés et transférés à la Cour pénale internationale. (abangui.com)

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