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Economie africaine : Dans les méandres des répercussions du terrorisme

Par: Narcis'KOUASSI
Publié le : 11 février 2022

L’un des facteurs favorisant le terrorisme dans le monde est l’extrémisme violent. En Afrique, les conséquences de cet état de fait sont perceptibles sur les économies des différents pays cibles. Le projet de rapport 2009 du Programme des nations unies pour le développement (PNUD) intitulé « Mesurer les répercussions économiques de l’extrémisme violent à l’origine du terrorisme en Afrique » éclaire la situation.

Le monde, plus particulièrement l’Afrique, est durement frappé par l’extrémisme violent, favorisant le terrorisme. On évalue à 52 milliards de dollars US sa conséquence sur l’économie mondiale en 2007, soit deux tiers de plus qu’en 2008. Selon le rapport 2019 du Programme des nations unies pour le développement (PNUD) intitulé « Mesurer les répercussions économiques de l’extrémisme violent à l’origine du terrorisme en Afrique », le coût économique du terrorisme sur le continent est alarmant.

En effet, pour la période allant de 2007 à 2016, l’impact du terrorisme sur l’économie en Afrique était d’au moins 119 milliards de dollars US. Ce chiffre est nettement plus élevé si l’on compta-bilise les pertes du Produit intérieur brut (PIB), les activités du secteur informel, les dépenses supplémentaires de sécurité ainsi que les coûts liés aux réfugiés et personnes déplacées.

Il ressort du rapport du PNUD que l’impact économique du terrorisme dans 18 pays cibles dont le Burkina Faso et le Nigéria est passé de 753 millions de dollars US en 2007 à 14 milliards de dollars US en 2016 soit une augmentation de plus de 1 700%. Il faut noter que le coût économique du terrorisme varie considérablement d’un pays à l’autre. Il est d’environ 97 milliards de dollars US au Nigéria plus qu’au Burkina Faso qui enregistre le coût économique le plus faible, en termes absolus, des 18 pays étudiés. Aussi, le coût économique du Nigéria est 19 fois plus important que celui de la Libye, le deuxième pays le plus affecté par le terrorisme, ces dix dernières années.

Chaque année, le continent africain dépense près de 84 milliards de dollars US en sécurité qui équivaut à assurer la vaccination de la population des 117 pays à revenu faible et intermédiaire pendant environ dix ans.

Des dépenses estimées à 259 milliards de dollars US

Le rapport du PNUD 2019 donne des explications sur le coût économique du terrorisme en Afrique.
Les dépenses des 18 pays cibles, entre 2007 et 2018, sont estimées à 259 milliards de dollars US soit 30% des dépenses de sécurité de l’ensemble du continent. L’impact économique total des réfugiés et des personnes déplacées dans les pays cibles d’origine est estimé à 312,7 milliards de dollars US pour la période 2007-2016.

Parmi les pays étudiés, le Nigéria, la Libye, le Mali et la Somalie qui concentrent le terrorisme ont, à eux seuls, supporté 94% de l’impact économique du phénomène. Concernant l’extrémisme violent et l’économie formelle, d’après les estimations de l’Institut pour l’économie et la paix (IEP), les pays reconnus comme pacifiques ont affiché, au cours des 70 dernières années, une croissance du PIB trois fois supérieure (environ 2,8 % par an) à celle des pays en proie à l’instabilité, comme c’est le cas des pays cibles.

Certains impacts écono-miques de l’extrémisme violent sont similaires aux griefs facilitant l’enrôlement des populations dans les groupes terroristes. S’agissant de l’économie informelle, entre 2007 et 2015, le continent africain a enregistré des pertes à hauteur de 1 680 milliards $ US en raison du secteur informel. Les pays cibles ont perdu environ 870 milliards $ US sur cette période de neuf ans, soit 97 milliards $ US chaque année.

Parmi les pays cibles, c’est l’économie informelle du Nigéria qui a connu les pertes les plus importantes entre 2007 et 2015, avec environ 560 milliards $ US, un montant qui représente 15, 5 % du PIB total du pays sur la même période. Le terrorisme et les activités terroristes influent aussi sur l’économie informelle, et cela de deux manières au moins : en favorisant le basculement de l’activité économique du secteur formel vers le secteur informel et en perturbant l’activité économique informelle.

Au titre des dépenses pour la sécurité et le développement, entre 2007 et 2016, le coût économique du terrorisme dans les pays cibles a augmenté plus rapidement que les dépenses militaires et de sécurité intérieure. Même si le coût économique du terrorisme dans les pays de l’épicentre, lequel est établi à 45 $ US par personne et par an, était 14 fois plus élevé que dans les pays secondaires ou à risque, les dépenses militaires étaient seulement 3,5 fois plus importantes, avec 114 dollars par habitant et par an.

Entre 2007 et 2016, les pays secondaires et les pays à risque ont consacré en moyenne 2,2 % de leur PIB aux dépenses militaires chaque année, par rapport à une moyenne de 0,9 % du PIB dans les pays de l’épicentre.

Priorité aux dépenses militaires

L’éducation prend également un coup dur avec le terrorisme.
La priorité absolue est accordée aux dépenses militaires dans les pays de l’épicentre, lesquels ont consacré, entre 2007 et 2016, en moyenne 12 % de leur budget national à l’armée.

Ce chiffre est de 9,8 % dans les pays à risque et de 4,9 % dans les pays secondaires. Les dépenses de sécurité ont été réorientées : celles-ci sont moins axées sur les dépenses de sécurité intérieure, comme les forces de police, et davantage sur les dépenses militaires. Ce basculement se produit au moment où de nombreuses communautés sont d’avis qu’une approche plus nuancée en matière de sécurité locale serait à la fois mieux reçue et plus efficace pour lutter contre l’extrémisme violent.

Les pays de l’épicentre et les pays secondaires ont réorienté leurs dépenses, délaissant les priorités d’ordre social telles que l’éducation et la santé au profit du domaine militaire. Ce n’est pas le cas dans les pays à risque. Au Nigéria et au Kenya, l’une des préoccupations régulièrement soulevées par les personnes interrogées était la réaffectation des fonds au niveau régional plutôt que sectoriel.

Depuis 2007, dans les pays cibles, 769 millions $ US d’APD (aide publique au développement) ont été affectés aux activités de sécurité, un montant qui est passé de 10,5 millions $ US en 2007 à un nombre treize fois supérieur en 2016, soit 134,5 millions $ US. Les pays de l’épicentre ont reçu 41 % de cette somme totale durant la décennie étudiée. L’APD affectée au secteur de la sécurité dans les 18 pays cibles a été multipliée par huit, passant de 0,08 % de l’APD nette en 2007 à 0,62 % en 2016.

La part de l’APD affectée aux activités de sécurité a augmenté plus rapidement que celles des autres secteurs, avec un taux de croissance annuel d’environ 86 % par rapport à 5,1 % pour les autres activités de développement. Les proportions d’APD affectées aux activités de sécurité ont été plus importantes dans les pays de l’épicentre, avec environ 1,6 % de l’APD nette consacrée à ce domaine entre 2007 et 2016, par rapport à environ 0,4 % de l’APD nette dans les pays secondaires et à risque.

En somme, l’extrémisme violent qui n’a pas la même gravité et le même impact dans les pays concernés, a des conséquences similaires à celles d’autres formes de violence. Le financement public de la lutte contre l’extrémisme violent pourrait affecter les budgets alloués à des secteurs clés tels que l’éducation et les infrastructures publiques, ce qui risque d’alimenter l’engrenage de l’extrémisme violent. Si certaines répercussions économiques de l’extrémisme violent sont évidentes, il est ardu de lui attribuer des changements économiques spécifiques du fait de la complexité des systèmes économiques qui sont de plus en plus interconnectés. (aouaga.com)

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