Deux soldats et un assaillant ont été tués. Plusieurs sources sécuritaires attribuent le raid à l’un des groupuscules affiliés au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans.

Les signaux étaient au rouge depuis des mois. Jeudi 2 décembre, la menace terroriste qui planait sur le nord du Bénin s’est concrétisée. Dans la nuit, deux soldats des Forces armées béninoises (FAB) ont été tués dans la localité de Porga, près de la frontière avec le Burkina Faso. « Un djihadiste a été abattu par nos forces », a précisé le colonel Fructueux Gbaguidi, chef d’état-major de l’armée de terre, dans un message adressé aux officiers béninois diffusé sur les réseaux sociaux.

La veille, dans la localité de Mékrou Yinyin, plus à l’est dans le nord du pays, des militaires « en position de surveillance de la zone frontalière » avaient déjà été visés, selon un communiqué de l’état-major. Des « individus non identifiés » ont tiré après avoir essayé « de contourner le dispositif de prévention en place ». Un assaillant a été tué. « Cette nouvelle épreuve de feu nous rappelle dans le sang et dans la douleur que le danger est réel sur le terrain », a déploré le colonel Fructueux Gbaguidi.

L’attaque du 2 décembre à Porga a été attribuée par plusieurs sources sécuritaires à l’un des groupuscules affiliés au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM). « Elle pourrait avoir été commise par des hommes de la katiba Macina, une unité combattante de djihadistes basée à Kompienga, une ville du sud-est du Burkina Faso située à proximité des frontières togolaises et béninoises, estime Kars de Bruijne, chercheur spécialisé sur les conflits au sein de l’Institut des relations internationales de Clingendael, aux Pays-Bas, et auteur d’un rapport en juin sur la situation sécuritaire dans le nord du Bénin. Des opérations, menées par les forces burkinabées, se sont déroulées dans cette région il y a environ trois semaines et elles pourraient avoir contraint les djihadistes à se replier vers le Bénin. »

Incursions d’hommes armés

Les deux attaques constituent les tout premiers assauts lancés par les djihadistes contre l’armée béninoise, selon les autorités. Mais la menace n’est pas nouvelle. Depuis 2019, le nord du Bénin, bordé par des zones forestières denses et difficiles d’accès, voit se multiplier les incursions d’hommes armés, conséquence directe de l’expansion des groupes terroristes dans les Etats voisins : dans l’est du Burkina Faso et dans le sud du Niger.

Le 1er mai 2019, l’enlèvement de deux touristes français et l’assassinat de leur guide béninois, lors d’un safari dans le parc de la Pendjari, l’un des derniers sanctuaires de la vie sauvage en Afrique de l’Ouest, étaient venu signaler aux autorités béninoises que, désormais, la menace sécuritaire du Sahel était bel et bien à leurs portes. Les deux enseignants avaient été libérés par les forces spéciales françaises neuf jours plus tard, au prix de la vie de deux officiers mariniers.

Depuis, les djihadistes ont proliféré dans les forêts du nord du Bénin, profitant de la situation du parc de la Pendjari, proche de la frontière burkinabée au nord-ouest, et du parc du W au nord-est, côté Niger. Ils y ont établi des bases arrière permettant les ravitaillements logistiques nécessaires pour soutenir leur effort de guerre au Sahel.

Pour parer d’éventuels assauts, les autorités béninoises ont renforcé leurs capacités sécuritaires et de renseignement. Fin mars, un présumé terroriste de nationalité burkinabée a été interpellé dans la Pendjari par les rangers d’African Parks, l’organisation chargée de la surveillance de cette zone protégée. La patrouille avait identifié trois hommes armés à moto et l’un d’eux avait ouvert le feu. Selon une source sécuritaire, les combattants appartenaient au GSIM.

Vaste opération conjointe

Entre la fin octobre et la fin novembre, une dizaine d’hommes, accusés d’être en contact avec des terroristes islamistes, ont été arrêtés dans le département de l’Atacora, limitrophe du Togo et du Burkina Faso, et transférés à Cotonou, la capitale économique du Bénin pour être entendus par la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET). Le 31 octobre, les habitants du village de Kourou, situé dans la même province, ont vu passer un groupe d’hommes à bord d’un pick-up et à moto munis d’armes lourdes et brandissant un drapeau de couleur noire. Les forces de sécurité avaient alors renforcé leurs effectifs.

Les attaques pourraient aussi être une conséquence de la vaste opération conjointe entre les armées du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, du Ghana et du Togo, qui s’est déroulée entre le 21 et le 27 novembre. Selon le ministre burkinabé de la sécurité, Maxime Koné, elle aurait provoqué la mort de dizaines de terroristes et l’interpellation de « 300 suspects ».

Le 1er février, Bernard Emié, le patron du renseignement extérieur français, s’était inquiété des projets d’extension vers le golfe de Guinée du GSIM, un groupe dont les combattants opèrent au Mali depuis le début de la guerre en 2012, ainsi qu’au Burkina Faso et au Niger. « Pour desserrer l’étau dans lequel ils sont pris, et pour s’étendre vers le sud, les terroristes financent déjà des hommes qui se disséminent en Côte d’Ivoire et au Bénin », soulignait à l’époque le chef de la DGSE. (lemonde.fr)

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