Ori Huchi Kozia, artiste-vidéaste congolais et lauréat du prix Orisha 2017 pour son œuvre « Moudoumango

Ori Huchi Kozia, artiste-vidéaste congolais et lauréat du prix Orisha 2017 pour son œuvre « Moudoumango

Le prix Orisha 2017, censé à promouvoir les artistes contemporains de l’Afrique subsaharienne, a été décerné mardi 3 octobre, à Paris, à Ori Huchi Kozia, né en 1987 au Congo. Dans son œuvre « Moudoumango » (« un cerbère comme le Godzilla ou le monstre du Loch Ness »), l’artiste-vidéaste qui vit et travaille au Congo-Brazzaville fait renaître un mythe de l’ancien royaume Kongo. Un corps inanimé trouvé dans une décharge sauvage sera le point de départ d’une traversée dans les rues de la ville chaotique, débrouillarde et créative de Brazzaville. Une créature étrange censée de casser les murs, les limites et les restrictions, sera notre guide. Entretien.

Ori Huchi Kozia : Il se cache tout ce qui se cache derrière un mythe, derrière les réalités humaines : la violence, la beauté, la poétique, la politique, la mécanique de l’être humain. C’est un vieux mythe du XVe siècle du royaume Kongo. Ce mythe avait comme fonction de cristalliser toutes les peurs, toute l’énergie, mais il représente aussi la puissance du royaume Kongo. C’est une sorte de cerbère [un monstre à trois têtes, gardien de la porte des enfers, ndlr], comme le Godzilla ou le monstre du Loch Ness.

Est-ce aussi un monstre qui surgit d’un lac ?

C’est un monstre qui surgit d’un lac, un rugissement d’un lion dans la forêt, un crocodile qui dévore quelqu’un, la tornade qui ravage tout le village, une mauvaise récolte, un surhomme, c’est tout ça. Le Moudoumango, ce sont de différentes manifestations d’une même force, d’une même énergie.

Chez vous, le mythe Moudoumango prend corps sous forme d’un personnage étrange errant dans les rues de Brazzaville. Comment s’est déroulé le tournage de votre vidéo ?

C’est un tournage qui a été fait avec trois personnes et avec des moyens de bord. Toute la mécanique qui se trame derrière a été faite avec des objets de récupération. Des objets trouvés dans des poubelles ou par ici ou par là… C’est du bricolage, parce que, là où je vis et travaille, c’est le seul moyen de faire de l’art, de s’exprimer. Si on attend qu’il y ait de vrais moyens, cela sera compliqué…

D’être artiste, de vivre et travailler à Brazzaville, que cela représente pour vous aujourd’hui ?

À Brazzaville, c’est très compliqué de survivre, de vivre en tant qu’artiste, parce qu’il n’y a pas une politique de reconnaissance des artistes. On le dit depuis très longtemps, mais cela ne change absolument rien. Tout ce qui compte, c’est qu’il y a des artistes qui y vivent et qui font de très belles choses, malgré la précarité du milieu, malgré le manque d’accompagnement et de financement des institutions et de tout ce qui va avec. Mais les choses se font, petit à petit, mais elles se font.

Vous dites de vous-mêmes d’être venu à l’art « par effraction ». Qu’est-ce qui avait provoqué le déclic ?

C’est mon vécu. Il y avait une espèce de ressenti interne, de choses qui étaient en moi, qui étaient dans ma viande la plus « saignante », dans mon ventre. Et cette viande-là voulait s’exprimer. Mais, il n’y avait pas d’espace d’expression. Il fallait que je crée un espace. Je ne pouvais pas faire d’école de cinéma ou d’école d’art, parce que cela n’existe pas et je n’ai pas l’argent pour le faire. Mes premières vidéos, je les ai faites avec un téléphone portable. Cela vous met dans un certain état. C’est une création dans l’urgence. On crée dans l’urgence. On y va…

À Brazzaville, pouvez-vous vous appuyer sur une dynamique commune ou une solidarité entre artistes ou s’agit-il plutôt d’un travail solitaire ?

Lorsqu’un artiste comme moi émerge ici à Paris et lorsqu’un artiste comme moi est en train d’être reconnu sur la scène internationale, ça veut dire que derrière, il y a une mécanique, des gens qui travaillent. Mais, le travail le plus important, c’est ma détermination. En revanche, derrière, il y a toujours des gens et des institutions qui aident, comme, par exemple, l’IFC (Institut français du Congo) ou les ateliers Sahm sous la direction de Bill Kouélany. Donc, on ne peut pas dire que le truc se fait tout seul. Mais c’est l’artiste qui doit faire le premier pas.

Quelle sera la suite pour vous ?

La suite sera déterminée par mon travail, mon ambition, ma détermination. Là, je viens de faire un pas conséquent dans le monde de l’art contemporain. J’entre de plein fouet là-dedans. J’y suis, j’y reste. Voilà.

KJ

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Cultures

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