Nadal

L’une des plus grandes victoires de la carrière de l’Espagnol est d’avoir su transformer son jeu pour briller loin de la terre battue. Ce troisième titre à l’US Open en est la plus belle des illustrations.

Finalement, qu’est-ce qui est le plus intéressant dans la carrière de Rafael Nadal ? Ses dix titres à Paris ou ceux remportés à Melbourne, Londres ou New York ? Pour moi, pas l’ombre d’un doute, car ce terrien hors pair, bien aiguillonné par son oncle Toni, s’est aussi fixé comme objectif de briller sur d’autres surfaces. Et là, rien n’était gagné d’avance pour lui. Devenir le meilleur joueur de tous les temps sur l’ocre n’était pas un objectif suffisant pour ce cannibale de la victoire, et au lendemain de cette troisième victoire à l’US Open, la sixième en Grand Chelem loin du Central de Roland-Garros, il faut dire et re-dire combien le Majorquin a su évoluer et se ré-inventer pour y parvenir.

On pourrait avoir du mal à le croire mais Nadal est naturellement en proie au doute, et je ne parle pas ici de ses années noires. En le regardant soulever son trophée ce dimanche, lui qui n’avait plus remporté un titre sur dur depuis janvier 2014, je repensais à ce passage de son autobiographie où il racontait combien sa défaite lors de sa première finale à Wimbledon avait été un crève-coeur. Pourquoi ? Parce qu’il n’était pas passé si loin de l’emporter bien sûr mais surtout parce qu’il avait le sentiment d’avoir peut-être laissé passer une chance unique de s’imposer au moins une fois sur le Centre Court. Sous-entendu : « je ne maîtrise pas autant les choses que sur terre battue, je ne sais pas donc pas de quoi demain sera fait sur gazon ». A posteriori, cet aveu peut faire sourire vu la tournure des événements, mais ce propos trahissait bien quelque chose.

Ce quelque chose, c’est la façon dont ce champion a dû oeuvrer pour s’adapter à des surfaces plus rapides. Sans enter dans des détails techniques : prendre la balle plus tôt, modifier sa relance, servir plus fort, et renforcer sa capacité à aller au filet, où il a d’ailleurs fait un carton pendant cette finale (100 % des points joués, soit 16/16 dont la balle de match). Ce travail considérable n’a pas toujours porté ses fruits d’ailleurs et montre combien chacune de ses victoires hors Roland-Garros est finalement une victoire sur lui-même. Les surfaces rapides sont le vrai révélateur de son talent et donc de l’incroyable boulot accompli pour y arriver. Sur ciment ou gazon, Nadal est plus attaquant que contre-attaquant, sa posture favorite sur terre battue. C’est presque une métamorphose tant il lui faut chasser son naturel terrien.

En cela, cette troisième victoire à New York, et de fait, sa place consolidée de numéro un mondial, ont à mes yeux bien plus de signification que la prolongation de son règne à Paris. Le voir justement gagner un autre Grand Chelem que Roland-Garros, est également la confirmation définitive que les périodes de doute de 2015 et 2016 sont définitivement envolées. Voilà quatre ans que Nadal n’avait pas gagné un titre majeur ailleurs qu’à Paris (US Open 2013).

Cette polyvalence retrouvée de l’Espagnol n’est pas une bonne nouvelle pour Roger Federer, l’autre grand premier rôle de cette saison 2017.  A 31 ans, Nadal n’est pas décidé à s’arrêter là semble-t-il, et surtout, il ne semble pas touché physiquement par ses 13 années de circuit. Combien de temps peut-il encore s’exprimer au plus haut niveau ? Personne n’en sait rien évidemment, mais on est en droit de se demander de nouveau, si le Majorquin ne peut pas aller chercher le record de 19 titres en Grand Chelem de Roger Federer (qui a eu la bonne idée d’en ajouter deux cette année dans sa corbeille, sinon…). Nadal a beau clamer son respect pour Federer à tout bout de champ, s’il peut l’égaler ou le doubler, il ne se gênera pas. Quant on est capable de croquer dix fois le même tournoi, comme il l’a fait à Roland-Garros, c’est bien la preuve que l’on est jamais rassasié.

KJ

Catégorie:

Sports-en-Direct

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs requis sont marqué avec *

*