Si nombre de pays africains ont bénéficié de l’expansion de la Chine en exportant vers elle leurs matières premières, beaucoup subissent le contrecoup du ralentissement de l’économie chinoise. Une étude de Coface tente, pour la première fois, de mesurer cette vulnérabilité.

Raffinerie de Zinder au Niger. / Si nombre de pays africains ont bénéficié de l’expansion de la Chine en exportant vers elle leurs matières premières, beaucoup subissent le contrecoup du ralentissement de l’économie chinoise.

Raffinerie de Zinder au Niger. / Si nombre de pays africains ont bénéficié de l’expansion de la Chine en exportant vers elle leurs matières premières, beaucoup subissent le contrecoup du ralentissement de l’économie chinoise.

Alors que la reprise économique s’affirme dans la plupart des pays développés – États-Unis et Europe en tête – comme dans les pays émergents, l’Afrique subsaharienne figurera cette année encore parmi les régions à la traîne, avec un taux de croissance d’à peine 2 % en moyenne, le plus bas depuis vingt ans.

Une relation déséquilibrée

L’une des raisons de cette mauvaise performance globale réside dans la baisse du prix des matières premières, en particulier du pétrole et des minerais, qui a fortement impacté les pays exportateurs. Mais une autre explication, moins souvent invoquée, tient au ralentissement de l’économie chinoise auquel le continent est fortement exposé.

C’est ce que démontre une étude publiée récemment par Coface, groupe spécialisé dans l’assurance crédit, qui examine soixante-dix ans d’échanges sino-africains et évalue, avec une précision toute mathématique, le degré de dépendance auquel cette relation est aujourd’hui arrivée.

« Cette relation est marquée par un fort déséquilibre, à tel point que certains commentaires évoquent une nature néocoloniale, souligne Ruben Nizard, l’un des deux coauteurs de l’étude. Cela rend en tout cas, le continent particulièrement vulnérable. Même si certains signes laissent espérer que ce mariage de convenance puisse évoluer vers un partenariat moins asymétrique. »

La « politique de conquête » de Pékin

L’engagement de la République populaire de Chine en Afrique a longtemps été placé sous le signe de la politique, Pékin soutenant divers mouvements de libération dans l’objectif de voir progresser le communisme dans la région. Il faut attendre 1996 pour que, sous l’impulsion du président Jiang Zemin, cette « coopération » prenne un virage radical et se concentre désormais sur les échanges commerciaux.

C’est l’époque où Pékin se lance dans une « politique de conquête » qui vise à internationaliser ses entreprises. Pour alimenter sa croissance à deux chiffres, la Chine a besoin de beaucoup de matières premières. Un appétit qu’elle assouvit principalement en Afrique.

Les exportations de l’Afrique subsaharienne vont ainsi bondir en une décennie de 21 milliards d’euros en 2006 au niveau record de 96 milliards en 2014, 80 % de ce montant étant constitués de produits de base, combustibles (39 %) et minéraux et métaux (36 %) en tête.

Un indice de vulnérabilité

« Mais la réorientation du modèle chinois vers moins d’industries lourdes et plus de services et de consommation intérieure se traduit désormais par une baisse de la demande en matières premières. Un ralentissement qui affecte particulièrement les pays africains », souligne Ruben Nizard.

Pour évaluer cet impact, les économistes de Coface ont mis au point un indice qui évalue la vulnérabilité de 49 pays du continent sur 250 produits depuis 2006. Le résultat agrégé montre que la dépendance de l’Afrique vis-à-vis de la Chine a fortement augmenté en une décennie, en lien avec la montée en flèche des volumes commerciaux échangés.

Surtout, l’étude montre que cette vulnérabilité est particulièrement préoccupante pour les pays exportateurs de pétrole – Soudan du sud, Angola, Congo, Gabon – comme pour ceux qui exportent des minerais métalliques – Érythrée, Guinée, Mauritanie, Sierra Léone. « Autant de pays qui restent très exposés à la baisse de la demande chinoise ou aux fluctuations des marchés », décrypte Ruben Nizard.

Une diversification encore anecdotique

Pourtant, des signes encore discrets montrent que cette relation est en train d’évoluer. « On voit ainsi certains pays africains, notamment l’Afrique du Sud, la Zambie ou le Congo, parvenir à capter une partie de la valeur ajoutée en proposant désormais du pétrole raffiné et des minerais transformés », précise l’économiste.

De même, le continent a diversifié depuis quelques années son panier de produits exportés vers la Chine en y mettant du bois, des produits agricoles et des produits manufacturés, notamment ans le secteur de l’habillement.

Catégorie:

Economie-Africaine

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