La Fondation Louis Vuitton, à Paris, propose plusieurs ambiances autour de nombreux artistes africains contemporains.

Fondation Louis Vuitton

Fondation Louis Vuitton

près l’exceptionnel succès public de la collection Chtchoukine, la Fondation Louis Vuitton à Paris propose un voyage en Afrique à la découverte des artistes africains. L’exposition a pour titre Art Afrique et propose une certaine Afrique, et même plusieurs Afriques, puisqu’il y a au moins deux expositions.

La première nous permet de découvrir la plus importante collection d’art africain contemporain au monde. Elle appartient au riche entrepreneur Jean Pigozzi, héritier des voitures Simca, qui en août 1989, après avoir visité l’exposition les Magiciens de la terre, au Centre Pompidou et à la Villette, tombe en arrêt devant les œuvres des artistes africains présentés. Il mandate alors le spécialiste de la question, André Magnin, pour lui constituer une collection d’art contemporain africain.

En 30 ans, de 1989 à 2009, Jean Pigozzi achète plus de 10.000 œuvres et contribue à faire connaître des artistes aussi divers que le peintre figuratif Chéri Samba, qui peint une satire politique, économique et sociale du Congo, les photographes Seydou Keita et Malek Sibidé qui nous offrent un témoignage exceptionnel de la société malienne, et l’artiste béninois Romuald Hazoumè qui, avec des machines à écrire, des aspirateurs, des truelles, des bidons en plastique usés, réalise des masques sublimes. 130 œuvres de la collection Pigozzi sont exposées, la plupart magnifiques et qui ont la grâce de ne répondre à aucune des questions qu’on se pose sur l’art contemporain en Afrique. Son histoire, ses influences, son marché, ses rapport avec l’art des autres continents. On découvre plutôt et c’est déjà immense.

Des artistes d’Afrique du Sud à l’honneur

La deuxième partie de cette exposition à la Fondation Vuitton est consacrée aux artistes d’Afrique du Sud, un pays qui est un continent à lui tout seul, et qui ne s’est véritablement ouvert au monde qu’il y a peu. Le régime de l’Apartheid était encore en vigueur il y a trente ans ! Et l’art ne s’est pas fait indépendamment de ce contexte. Autant chez les artistes blancs que chez les artiste noirs, les œuvres sont politiques, parfois militantes. La beauté se mêle aux messages, l’horreur à l’espoir, la rage au remords.

La vidéo de Sue Williamson montre la conversation entre deux jeunes gens dont les pères ont été tués par la police du temps de l’Apartheid. David Goldblatt a photographié les récentes révoltes étudiantes, William Kentridge est peut-être l’artiste qui parvient le mieux à transcender les questions politiques, sociales, ethniques, sans doute parce que son talent est hors norme, stupéfiant.

Ce sont des performances scéniques, cinématographiques, musicales, d’une poésie et d’un humour qui fleurent bon l’universel. Pour l’influence de l’art contemporain occidental, on sera rassuré de découvrir la sculpture de Jane Alexandre qui représente un bataillon d’hommes nus à tête de chien et Rangers aux pieds, ils avancent vers nous, pas pour nous rassurer sur leurs intentions. Le chien est important dans la culture sud-africaine.

De jeunes artistes en révolte

Les jeunes artistes sud-africains, ceux qui sont nés après l’Apartheid, ne se font pas d’illusion sur l’état de l’Afrique du Sud, qui reste aujourd’hui un pays où les problèmes raciaux et ethniques semblent inextricables. Zanehele Muholi veut par ses autoportraits photographiques dénoncer les discriminations faites aux femmes, aux femmes homosexuelles notamment. Nicholas Hlobo produit des œuvres monumentales souvent tissées avec de la laine et chargées de références sexuelles ambiguës.

Il leur donne des noms en langue xhosas, qui était la langue maternelle de Mandela. Il refuse de les traduire, comme pour échapper à une possible récupération occidentale. C’est une des vertus de cette passionnante exposition : elle n’offre aucun possibilité de récupération. Elle se tient à la Fondation Louis Vuitton, à l’orée du bois de Boulogne jusqu’au 28 août.

KJ

Catégorie:

Cultures

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